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mardi 16 décembre 2008

Il arrive de se voir offrir des déclarations d’amour inopinées. Et d’osciller entre plaisir des mots doux et surprise des effets que l’on peut involontairement provoquer chez l’autre. Et embarras de recevoir, comme un trop gros bouquet de roses trop rouges…

Nous ne nous connaissons pas vraiment, un déjeuner à deux, un dîner avec des amis… Le lien du Web. Et pourtant.

On laisse des traces.

« Bonsoir Laurent,

Voilà, j’en suis à quelques mots, et déjà, je me trouve idiot de te les dire. Et je sais que dans quelques minutes, dans quelques phrases, je le regretterai. Mais tant pis, je te les lance quand même… Tu peux les attraper, ou les laisser tomber.

En fait, je ne sais trop quoi te dire, à part que, voilà, je m’ennuie de toi. Non, ne va pas chercher midi à quatorze heures, il n’y a aucune déclaration amoureuse là dessous, aucun sous-entendu scabreux. C’est juste que je m’ennuie du Laurent que je connais, celui de Paris, celui que j’admire, qui m’énerve, qui m’amuse, qui m’attendrit, qui me fait du bien et du mal, parfois. Je m’ennuie de ce personnage qui, incompréhensiblement, malgré son grand détachement de tout et de tous, fait que je me suis senti très vite proche de lui, de plus en plus au fil des ans et du temps.

J’ai un manque, un gros manque, de cette complicité virtuelle que je me suis construite dans ma tête, ce petit truc bizarre qui fait que j’ai besoin de toi, de tes mots, sans que je comprenne vraiment ni comment, ni pourquoi.

Peut-être est-ce certains trucs que tu as vécu et qui me renvoient à ma propre histoire, ou simplement ta sensibilité, ton élégance, ton intelligence, ta façon d’allonger tes mots… me font sentir proche de toi, et pourtant si différent. Si proche, et si loin… plutôt bizarre.

Je te l’avais dit, je regrette ce que je suis en train de te raconter, ça n’a ni queue, ni tête.

J’avais peut-être seulement envie de te dire que, comme pour probablement beaucoup de gens, tu es un mec bien, que j’aime ce que tu es et que je suis content d’avoir croisé, même vite, ton chemin.

C’est con hein… mais je t’avais prévenu. »

On n’est jamais idiot à découvrir son cœur.

Je ne m’aime pas beaucoup, et mon regard sur moi est bien plus sévère que celui que je porte sur mes congénères. Alors, je suis toujours surpris de la moindre marque d’attachement à ma personne. Je vais mettre ça sur le compte du “personnage”, c’est une image, ce n’est pas moi. Ouf, me voilà rassuré.

« Ta façon d’allonger tes mots… » Voilà qui prend une singulière résonance.

« À la voix que tu donnes
Détendue, un peu lasse
Toute en creux qui m’apaisent
Et m’installent à ton bord,
J’entame le voyage, »

“navire”, carnets web | © 2008 laurent gloaguen.