/ Déclaration
Mon lapin est à Montréal… Alors je confie à ce carnet ces quelques déclarations susurrées…
J’aime quand tu viens à mon secours pour occire quelque arthropode facétieux qui a élu domicile dans ma garde-robe.
J’aime ta tolérance, ton respect et ton humanité.
J’aime le contact de ta peau, son odeur ; je t’aime tant que je pourrais te manger, en sauté, en daube ou en ragoût.
J’aime quand tu me dis que j’écris bien, même si ce n’est pas vrai, j’ai l’envie de te croire.
J’aime quand tu me fais les gros yeux parce que j’ai encore terminé la bouteille de vin à laquelle tu n’as soustrait qu’un verre.
J’aime ta persévérance à m’aimer malgré mes insondables abîmes.
J’aime ta sollicitude de tous les instants.
J’aime quand tu casses par mégarde notre vaisselle de prix, que tu as l’air tout piteux et que j’ai ainsi l’occasion de me montrer bon prince.
J’aime l’attention que tu portes à ma mère et qui me délivre de certains devoirs filiaux.
J’aime sentir ta passion turgescente qui se colle chaudement au creux de mes reins.
J’aime ta curiosité sans cesse renouvelée.
J’aime quand tu mets la salade pas lavée dans l’essoreuse au réfrigérateur.
J’aime quand tu fais mine de t’offusquer de ma radicalité.
J’aime quand tu me caresses en croyant ne pas me réveiller.
J’aime savoir que tout le monde t’aime parce que tu es fait pour cela.
J’aime ta commisération quand je pars à la dérive.
J’aime ta légendaire maladresse et brusquerie.
J’aime ton ignorance de l’outrage du temps qui passe et de ces poignées d’amours qui se veulent bouée de sauvetage.
J’aime ton affection prégnante et constante.
J’aime l’activité que tu m’imposes et l’énergie que tu m’instilles.
J’aime ta démarche de caneton mal dégrossi.
J’aime ta patience, surtout quand je te quitte pour 45 jours pour ma maîtresse de toujours, la mer.
J’aime ta québécitude si exotique et désarmante.
J’aime ton regard dans lequel je me retrouve.
J’aime ton endurance à vouloir m’aimer.
J’aime ton humanisme qui cautérise ma misanthropie.
J’aime tes petites attentions qui assouplissent mon réel.
J’aime quand tu arrives à casser la machine à laver ou la voiture de maman.
J’aime ton admiration imméritée.
J’aime quand tu m’apportes mon café au lit et que tu ignores ma tête de marmotte endolorie.
J’aime ton courage et ta force d’esprit.
J’aime ton aménité, ta bienveillance, ta chaleur, ta clémence, ta douceur, ta gentillesse.
J’aime quand tu massacres le tube de dentifrice.
J’aime ta magnanimité, ta mansuétude, ta sagesse.
J’aime, j’aime, j’aime… Je t’aime.