Carnet web de Laurent Gloaguen

/ Mourir

Mourir, ce n’est qu’un pas de plus. J’espère que je vous aurais marqués dans vos coeurs car c’est le seul lieu où l’on peut espérer survivre.

Mourir, un geste si simple que nos sociétés modernes acculent au fond de placards aseptisés et vides de sens.

Mourir, quel gâchis, tout cet ouvrage pour en arriver là, à cette fin si définitive et inéluctable. Pour rejoindre tous ces cimetières peuplés de gens irremplaçables.

Mourir de mort violente quand j’étais jeune, aujourd’hui, mourir doucement entouré de soins aimants.

Mourir, finalement cela ne me fera rien, je compatis pour les survivants qui en auront la charge. La souffrance est celle de celui qui reste et qui mesure l’aune de l’injustice de notre humanité.

Mourir, cela me fera du bien si je sais que mes cendres seront dispersées à la pointe de l’île Saint-Hélène et que, dispersées dans les flots tumultueux du Saint-Laurent, elles rejoindront l’océan qui m’est si cher.

Mourir alors que j’ai encore tant à donner, ce ne serait pas juste, mais pourtant, il faut à chaque jour s’y résoudre pour apprécier à sa juste valeur le coucher du soleil.

Mourir, ce sera mon dernier acte d’amour pour cette vie non choisie. On dit que les pendus ont une érection, la mienne sera intellectuelle.

Mourir, c’est physico-chimique, ce sont vos synapses qui se disjoignent, vos empreintes cérébrales qui s’évaporent dans une décomposition privée d’oxygène.

Mourir, c’est une mémoire vive qui s’évanouit. Une erreur système fatale, seuls vos écrits en constitueront une sauvegarde à léguer à ceux qui auront le courage de la relire.

Mourir, c’est rejoindre le grand mystère de votre naissance.

Mourir, voilà ce qui scelle notre existence.

Mourir, c’est la source du bonheur de vivre, songez-y.

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