/ But I can’t sleep through the night
Fenix Flexin est un rappeur de Los Angeles. Sa carrière n’a rien d’époustouflant, mais il existe sur la scène et sa notoriété, au moins locale, est indéniable, notamment lorsqu’il a fait partie du groupe de hip-hop Shoreline Mafia. Son œuvre en solo est ordinaire, du rap de bon aloi, sans originalité particulière, avec comme d’habitude une voix auto-tunée et des samples usés jusqu’à la corde. De la musique interchangeable, avec des milliers d’artistes autour du monde qui produisent exactement la même soupe fade, comme pourrait finalement le faire une IA.
Le 29 juin, il a sorti sur YouTube une chanson intitulée “Rubberz”. Dans un genre complètement différent de ce qu’il a toujours fait : un titre aux accents clairement années 80, avec des réminiscences de pop anglaise, genre The Smiths et autres groupes similaires de l’époque. Tout son public fut un peu surpris. Et franchement, si on fait abstraction des paroles sans queue ni tête, ne transmettant aucun début d’émotion, c’est plutôt pas mal du tout et entraînant. Avec près de 8 millions de vues au moment d’écrire ces lignes, il semblerait que les gens aient apprécié.
Puis des musiciens et des spécialistes ont commencé à exprimer des doutes.
La musique, et même les paroles, exhalaient une forte odeur d’IA. Ils ont commencé à exprimer leurs réserves ici et là. Et ça a fait boule de neige. Au point où l’artiste a été contraint de s’exprimer publiquement, niant tout en bloc. Cependant, un musicien a réussi à identifier l’outil d’intelligence artificielle utilisée. Non pas par le déploiement d’outils de détection très pointus, mais juste parce que Fenix Flexin avait accidentellement laissé échapper un fichier MP3 contenant le nom de l’outil employé.
La cible de ces accusations a continué à nier. Malchance pour elle, l’outil présumé, Treblo IA, a sorti aujourd’hui un outil permettant de détecter si une chanson a été générée en utilisant ses services. Et le verdict est assez clair : “Très vraisemblablement généré par Treblo”.
Nous n’avons pas encore le fin mot de l’histoire. Et peut-être ne l’aurons-nous jamais. Mais ce genre d’affaires, appelées à se multiplier, me fascine. Certains seront sans doute accusés à tort, d’autres à raison. Avant, il n’y avait que le plagiat ou l’échantillon volé. C’est maintenant beaucoup plus diversifié. Nous vivons une époque formidable.
Discussion
Ah, vielle branche, encore en vie :-)
Malgré mes 60 ans, la Grande Faucheuse se tient pour le moment a distance. “Pourvou quai sa doure” (disait la mère de Napoleon a propos de la carrière de son fiston).
Dans la famille IA, j’ai lu hier quelque part (où ?) que les lecteurs préféraient les histoires générées par IA car plus simples à lire. Je t’avoue avoir eu une assez nette envie de crever.
Long time no see. Merci beaucoup pour ce billet, Laurent.
Comme toi, je me sens fascine (voire effraye) par ces évolutions musicales.
J’avais publie sur LinkedIn, il y a 6 mois, une note qui faisait part de mes espoirs et mes craintes a propos des IA musicales.
Depuis, un ami français vivant en Californie m’a annoncé arrêter son groupe de metal pro-am, pourtant signe sur un label US indépendant … pour ouvrir une maison d’edition d’artistes de metal IA. “Nous vivons une époque formidable”, assurément.