Carnet web de Laurent Gloaguen

/ Souris xénocorticales

Une équipe de recherche de l’université de Stanford a décrit une méthode possible pour étudier les organoïdes cérébraux dans un contexte naturel : ils ont supprimé génétiquement une grande partie du cerveau de souris et l’ont remplacée par des cellules organoïdes cérébrales humaines.

(…) Un peu plus de 85 % des animaux ayant reçu un organoïde humain ont intégré avec succès les tissus greffés. Ces derniers ont ensuite contribué à hauteur de 92 % aux cellules présentes dans le cortex de ces animaux. Il ne s’agissait donc pas d’un remplacement complet, mais les cellules humaines ont largement investi l’espace normalement occupé par le cortex. Une fois en place, elles ont formé tous les principaux types de neurones connus pour être présents dans le cortex. Tout cela est donc très encourageant.

Les cellules humaines ont également établi des connexions à longue distance, comme en témoigne la détection de prolongements cellulaires humains jusqu’à la moelle épinière. De plus, les neurones ont présenté des pics d’activité synchronisés, suggérant un certain degré de coordination.

Traduit de Ars Technica, John Timmer : “Researchers swap in human brain cells for a mouse’s cortex”.

Sergiu Pașca estime que ce qu’il appelle les “souris xénocorticales” pourraient s’avérer utiles pour étudier les lésions cérébrales. Ces travaux constituent également une démonstration spectaculaire de “la puissance combinée du génie génétique et de la technologie des cellules souches pour remodeler la biologie”, déclare Carsten Charlesworth, un scientifique travaillant dans un autre laboratoire de Stanford et n’ayant pas participé à cette recherche.

(…) “Ce qui me frappe le plus, c’est la mesure dans laquelle le tissu neuronal humain, introduit après la naissance, a pu se développer et se connecter au système nerveux de la souris, franchissant ainsi la barrière des espèces”, conclut Carsten Charlesworth. “À mesure que ces technologies progressent, elles nous obligeront de plus en plus à remettre en question nos idées reçues.”

Pour l’instant, précise-t-il, il ne craint pas que les rongeurs acquièrent des capacités cognitives humaines, car leur cerveau est relativement minuscule et la distance évolutive entre l’homme et la souris est considérable.

C’est aussi pour cette raison que Pașca estime que ce type d’expérience ne devrait pas être mené sur des espèces supérieures : elles pourraient se retrouver dotées d’importantes quantités de tissu cérébral humain fonctionnel, ce qui risquerait de brouiller les frontières cognitives entre l’humain et l’animal.

Pașca a tout particulièrement mis en garde contre l’implantation d’organoïdes cérébraux humains chez un singe génétiquement modifié pour être dépourvu de cortex.

“Pour moi, mener cette expérience sur un primate constitue une ligne rouge très claire”, déclare-t-il. “Je ne pense pas que cela soit justifié, de quelque manière que ce soit, à l’heure actuelle.”

Traduit de MIT Technology Review, Antonio Regalado : “Meet a mouse whose brain cortex is made up of human cells”.

Discussion

/ Gilda

Bon sang, c’est devenu réalité un feuilleton que je m’étais inventé enfants en jouant inlassablement avec des figurines d’animaux miniatures. Ça s’appelait Le parc et les animaux avaient des cerveaux devenus cerveaux quasi humains après une greffe de cellules grises (J’avais 7 ans quand j’ai commencé, hein), communiquaient par transmission de pensées et selon mon humeur chaque épisode était soit une résolution d’énigme, soit une séquence de type comédie, soit une sorte de brainstorming que je leur déléguais pour m’aider à résoudre des devoirs de classe. Vers l’adolescence c’était aussi parfois des débats sur des sujets de sociétés, avec des points de vue différents puisque leurs capacités et qualités physiques l’étaient totalement. Et leur alimentation était faite à base d’éléments qui ressemblaient aux compléments alimentaires que l’on a de nos jours, ce qui supprimait toute question de prédation entre eux. Ça me fait quelque chose de voir mes imaginations d’enfance devenues expériences scientifiques, en gros cinquante ans après.

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