/ Cargo de nuit
Ce soir, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. Comme un message qui s’adresse à moi.
J’ai reçu un courrier :
« Bonjour Laurent,
Du fait de ta nouvelle mise en page, je suis tombé récemment sur les “Fragments” de Marc Delcher que je n’avais pas vus avant.
En fait, je voulais juste te dire que je trouve ces textes particulièrement beaux alors que je suis d’ordinaire très difficile en matière de poésie. Ces textes me parlent tant sur le fond que sur la forme. Bref je voulais te dire mon coup de cœur :-)
Bises, A. »
Inutile de dire que cela m’a procuré un sentiment de satisfaction, et a validé mon choix d’extirper ces textes noyés dans des archives de blogue datant de 2003. Renouer un peu avec ce “Monde de Laurent” qui a marqué certains au milieu des années 90. Revenir à une mission première, et partager surtout. J’ai le sentiment de m’être égaré ces derniers temps.
Il se trouve que j’ai ouvert hier les caisses des affaires de Marc, pour faire un tri avant de débuter ma nouvelle vie outre-Atlantique. Dix ans au moins qu’elles étaient restées hermétiquement closes. Ça m’a pris à la gorge. Physiquement déjà, rien que l’odeur qui exhalait à l’ouverture…
Et je suis tombé sur une lettre… ça m’a pris comme un coup de poing dans le ventre. Vers une heure du matin, le souffle coupé, j’ai chuté à terre, plié de douleur. Frappé dans une tempête de souvenirs surgissants en un flot bouillant qui se sont révélés aussi frais et vivaces que le jour où j’avais voulu les forclore. Intacts, aussi durs.
J’avais oublié que je m’en étais tant pris dans la gueule et comme cela avait été rude. Tout m’est revenu d’un coup, et je sais déjà qu’il me faudra des mois pour chasser tous ces miasmes, m’oublier et rire dans les montagnes russes de la Ronde.