/ Maître & donjon
J’ai connu Donjons & Dragons sous Valéry Giscard d’Estaing, lorsque le phénomène des “jeux de rôles” a commencé à déferler sur Paris. Des camarades de lycée étaient enthousiastes. Je me souviens d’une boutique spécialisée sur la rue des Écoles, à côté de La Sorbonne il me semble. C’était le repaire de tous les passionnés du jeu. On pouvait s’y procurer des fascicules en anglais et d’amusants dés de toutes formes (des icosaèdres !) et couleurs, à des prix excessifs.
Je me souviens du dragon en plastique sur la couverture du no 4 de mon magazine favori, Jeux & Stratégies. Il y avait en encart “le premier jeu de rôle français”, intitulé Le Château des Sortilèges. J’ai lu les règles. J’ai trouvé ça chiant et compliqué. Pas mon truc.
Combat : G et V frappent.
t.c de G = 6 : t.c. !
t.c de V = 1 t.c o
b.p. par G : 1 à 6; dé : 2
b.i à l’Orque : 2
PdV (Orque) - b.i (par G) = 3 - 2 = 1
nouveau total Orque : 1 PdV.
L’Orque, bien que blessé, vit toujours. 2 des 4 pers. ont frappé, c’est au tour de l’Orque.
Mouin. Si ça vous amuse…
Dans le même numéro, il y avait aussi un long article sous les plumes de François Marcela-Froideval et Michel Brassinne qui expliquait le phénomène aux profanes.
Tous les week-ends, des centaines de milliers d’Américains deviennent Magiciens, Guerriers ou Voleurs et partent à la conquête de fabuleux trésors. Mais tous n’échappent pas aux dragons, vampires et autres monstres qu’ils doivent affronter. Vous laisserez-vous tenter par l’aventure ?
[…] De quoi s’agit-il ? Ni d’une cérémonie secrète, ni de la préparation d’un film fantastique, mais bien sûr d’un jeu ! Tout simplement… si l’on peut dire ! Et plus précisément de ce jeu de rôle qui nous vient des États-Unis, et commence à faire parler de lui en France sous le nom de « Donjons et Dragons ». Mais quel jeu ! Peut-on utiliser ce terme pour désigner une expérience collective qui, parfois, ne prend fin qu’avec l’aube ? Sur l’échelle des durées, les parties d’échecs ou de go, qui ont la réputation d’être longues, sont, comparées à « Donjons et Dragons », infiniment courtes.
[…] Le meneur de jeu ne raconte aux joueurs qu’un résumé, à dessein incomplet, de l’histoire qu’il a créée et les met en situation à quelques kilomètres du château… « Voilà, leur dit-il, vous êtes dans une forêt, sur un chemin et au loin, vous apercevez une montagne, au sommet de laquelle, se profilent les tours du château… » Il lance alors ce qui sera tout au long du jeu sa question favorite : « Que faites-vous ? ». […] Un crayon et quelques bouts de papier suffisent pour concevoir un jeu de rôle complet. Au bout de plusieurs années, il rassemblera peut-être, comme « D & D», près de 1 000 pages de règles ! Plus on joue, plus il y a de pages et de matériel. Ainsi, aujourd’hui « D & D» est un jeu que l’on peut acquérir pour moins de 100 F ou, pour lequel la dépense peut avoisiner 2 000 F. C’est le cas, si l’on achète tous les « modules » préparés, les livres et l’ensemble des figurines de plomb représentant les monstres et les personnages. […] La règle de « D & D» sera disponible en français fin 1980.
Bref, 45 ans plus tard, j’ai regardé 2 h 14 de jeu sur YouTube, et je n’ai pas détesté (mais j’imagine que cela tient beaucoup des participants — vous en reconnaîtrez peut-être certains). Rétrospectivement, maître et donjon… quelque chose m’avait peut-être échappé.
Cela étant dit, j’attends de savoir si Krunch va survivre… Je suis inquiet.