Carnet web de Laurent Gloaguen

/ Sortir de sa bulle numérique

Patrice St-Louis est chargé de cours en enseignement à l’Université Laval : il enseigne à de futurs profs au cégep.

Ses étudiants sont, comme nous tous, et peut-être plus du fait de leur âge, solidement enracinés dans leur téléphone.

À l’hiver 2025, Patrice St-Louis a proposé à deux de ses classes un “laboratoire pédagogique”.

Je résume : zéro numérique en classe.

Pas de téléphone, pas de tablette, pas d’ordi.

Les étudiants ont dit oui.

“Je me suis présenté au premier cours en poussant un chariot sur lequel reposait… un rétroprojecteur.”

Il a élaboré – je ne pensais jamais écrire ce mot en 2026 ! – des acétates. Googlez ce mot, les jeunes : “acétate”…

Il a fait imprimer des recueils de textes pour les lectures obligatoires et, “pour être conséquent”, l’enseignant a accepté des rédactions écrites à la main.

Avant les cours, pendant les pauses, les étudiants ne pouvaient pas utiliser leur téléphone. Et s’ils devaient absolument l’utiliser, ils devaient sortir dans le corridor.

“J’ai vite pu constater des effets stupéfiants”, relate l’enseignant.

Lorsque je me rendais à mes cours, je passais devant d’autres locaux occupés par des gens silencieux, attendant le début des cours penchés sur leurs écrans. J’entendais mon local bourdonner de loin : ça jasait, ça riait, c’était beau à voir, rien de commun avec les bulles numérico-individuelles qui sont maintenant la norme partout, pas juste à l’université.

Patrice St-Louis, chargé de cours en enseignement à l’Université Laval

Résultat : dans les évaluations, les étudiants ont presque tous vu du positif à évoluer “dans une oasis à l’abri du numérique envahissant”, avec une grande valeur ajoutée au fait de ne pas subir de distractions numériques.

Patrice St-Louis : “Mon expérience personnelle, et celle de mes étudiants, montre qu’une meilleure séparation avec ces écrans qui sont comme le prolongement de nos corps et de nos esprits est non seulement possible, mais qu’elle permet de se retrouver. De se retrouver, soi, de retrouver la réalité des autres, de retourner vivre dans le monde que nous n’avons jamais cessé d’habiter.”

La Presse, Patrick Lagacé : “Ici, maintenant, ensemble”.

(Quelle est cette piètre mode chez les chroniqueurs du “une phrase, un paragraphe” ? J’ai l’impression qu’ils font tous ça désormais. Y a-t-il une directive dans les médias québécois pour s’adapter à un public qui ne sait plus vraiment lire en raison du naufrage de l’enseignement du français depuis des décennies ?)

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