Carnet web de Laurent Gloaguen

/ Une structure identitaire tiraillée

Q = – (F) + (GB) + (USA)2 – (R) + (C): telle serait, selon Yvan Lamonde, sous forme d’équation, la structure identitaire de la société québécoise.

La formule schématise les conclusions auxquelles Lamonde est arrivé après 20 ans de travaux en histoire socioculturelle et intellectuelle du Québec. L’identité québécoise (Q) est un composé dans lequel on retrouve moins de tradition française qu’on se plaît à s’en convaincre (- F), un plus grand héritage britannique qu’on est prêt à le reconnaître (+ GB), beaucoup plus d’éléments états-uniens qu’on veut l’admettre (+ USA2), moins d’influence du catholicisme romain (- R) que le clergé a cherché à nous le faire croire, et plus d’aspects en commun avec le reste du Canada (+ C) qu’il n’y semble à première vue!

(…) La question de “L’américanité du Québec” occupe d’ailleurs près de la moitié de l’ouvrage. Au fil d’une démonstration remarquable de clarté et d’érudition (…), Lamonde dévoile l’ambivalence de notre rapport à la culture états-unienne: nous affirmons la détester, mais nous ne cessons cependant pas de nous en délecter! Cette relation s’est structurée au tournant du XXe siècle, nous apprend l’historien, alors qu’“un clivage social s’est instauré dans la culture nationale du Québec: les élites du pouvoir et du savoir trouvaient leur modèle d’identité en France, de l’autre côté de l’Atlantique; les milieux populaires et la classe moyenne participaient de la réalité nord-américaine, continentale”.

Voir, Pierre Monette, juin 2001 : “Allégeances et dépendances : Réponse de Normand”.

En France, je me croyais en terrain sûr, en tant qu’amoureuse de la culture française, de passionnée de leur vie politique, d’accro à leurs débats… Mais sur place, je me suis retrouvée spectatrice, incapable d’intégrer cette manière de tout polariser et de beaucoup intellectualiser. Nous avons le français en partage, mais quoi d’autre dans la manière de vivre ?

À Londres, le choc fut inverse… et puissant pour une souverainiste ! Tout m’était familier : de la bouffe du petit-déjeuner à l’heure des repas en passant par les institutions politiques et médiatiques… Certes, l’accent britannique est à conquérir, mais la population est d’une telle amabilité. Étais-je donc une Brit qui s’ignore ? J’ai compris que non quand j’ai pu mesurer le poids des classes sociales, très marquées en Grande-Bretagne, dont nous n’avons pas idée au Québec.

Et l’efficacité nord-américaine m’a manqué partout…

La Presse, Josée Boileau, mai 2026 : “Nous, des Européens ?

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